Internet est-il un media comme les autres ?

Dans le monde entier, les sites internet d’information se sont multipliés, parfois fondés par des journalistes dont le professionnalisme n’est plus à prouver. Le Liban, longtemps privé de l’internet haut-débit, semble un peu en retard sur cette tendance. Portail d’information généraliste sur le Liban, iloubnan.info, lancé en 2008, est le premier media à avoir été créé directement en ligne au pays du Cèdre, sans être passé par un support classique (magazine papier ou chaine télévisée). Une initiative qui en a intrigué plus d’un.

 

Quel magazine, chaine de télévision, ou encore station de radio, n’a pas son site web ? De nombreux media mettent leur contenu en ligne, ce qui leur permet d’élargir leur public. Mais Internet n’est-il qu’un media « vitrine », sur lequel les medias traditionnels déverseraient leur contenu pour une audience plus large ? Pas seulement. Plusieurs media naissent aujourd’hui directement sur le net : Rue89 (fondé par d’anciens journalistes du quotidien Libération), MediaPart (lancé par l’ancien directeur de la rédaction du quotidien Le Monde). Ou iloubnan.info, site d’information généraliste sur le Liban et sa diaspora, qui se caractérise par sa ligne éditoriale neutre. Tous ces nouveaux venus dans le paysage médiatiques ont rencontré une reconnaissance du public pour leur valeur journalistique. Un site Internet d’information est aujourd’hui un media à part entière, avec sa ligne éditoriale, sa mise en page, sa rédaction. Avec des spécificités liées à ce support particulier qu’est Internet. Avantageuses ou contraignantes, ces spécificités soulèvent de nombreuses questions sur le métier de journaliste.

 

L’information en « temps réel »

On connait le media froid (presse écrite) et le media chaud (télévision et radio). Internet peut quant à lui être qualifié de media ‘’brûlant’’ : le travail d’une rédaction sur internet nécessite ainsi une réflexion poussée sur la question de la réactivité à l’actualité, et de la périodicité de parution des articles. Car une dépêche d’actualité publiée sur internet a toute les chances d’être déjà périmée quelques minutes après. Périmée, car un nouvel élément d’information aura surgi, déjà repris par un media concurrent, ce nouvel élément rendant l’article initialement publié ridiculement caduque.
Cette course à l’information rend le travail journalistique particulièrement difficile, car il est impératif de prendre le temps de vérifier les informations que l’on veut publier, malgré la pression imposée par ce « temps réel ». Cette question se pose bien sûr aussi pour les media traditionnels, mais elle est « aggravée » sur internet : un media web permet de publier une info de dernière minute absolument n’importe quand, en même temps que les informations secondaires, sans interrompre le flux du programme « habituel ». Alors qu’on doit interrompre un programme TV ou radio pour diffuser une information de dernière minute. Internet introduit ainsi la notion de simultanéité de l’information : si les media chauds traditionnels (TV ou radio) ne peuvent diffuser qu’une information à la fois, le media web donne plusieurs informations en simultané. Le travail d’une rédaction web consiste ainsi à faire tourner tous les programmes en même temps : l’info de dernière minute, l’interview, le reportage, la photo du jour. Cette notion de simultanéité est spécifique à l’internet. Certaines chaines télévisées ont aménagé des barres horizontales en bas de leur écran, où les news circulent en permanence, parallèlement au programme principal diffusé. Mais cette technique rend finalement l’écran assez similaire à une page web. De plus, les informations qui défilent ainsi ne sont que des titres, non développés.

 

Multimédia…

La rédaction d’un media web doit imaginer son contenu en fonction de ce support si particulier qu’est internet, tout comme la rédaction d’un magazine papier ou d’une chaine de télévision réfléchit au contenu qu’elle propose en fonction de son support (durée d’un reportage, nombre de pages qu’on décide d’accorder à tel sujet…) Sur le web, on doit penser « multimédia », et intégrer dans un même article du son, de la vidéo, des photos et du texte, sans oublier les liens hypertextes qui doivent permettre à l’internaute de rebondir d’une information à une autre.

 

… et web communautaire

Car face à l’information sur internet, l’internaute est actif. Il choisit de cliquer sur tel ou tel lien. Et de réagir à tel ou tel article. En un mot, il participe, et considère le media comme le cœur d’une communauté dont il fait partie. Internet est aujourd’hui par définition communautaire, et collaboratif. C’est ce qu’on appelle le web 2.0. C’est un nouvel espace social, où l’on se retrouve selon ses centres d’intérêt. Pour générer de l’audience, un media internet doit aujourd’hui impérativement intégrer cette notion de web communautaire dans sa ligne éditoriale. Il doit réfléchir aux moyens de faire collaborer les internautes à son contenu, tout en respectant les règles du journalisme : les collaborations des internautes sont autant d’informations qui seront portées à la connaissance du public. Elles doivent ainsi faire l’objet de vérifications, et de traitement.